Recherche
Le moteur de recherche n’est pas une bibliothèque. C’est une plateforme publicitaire dotée d’une fonction de bibliothèque.
Comment lire cette page. Touchez un mot souligné pour voir le terme académique exact et une courte définition. Dépliez un encadré « Pour aller plus loin » pour les preuves et les points contestés. Le texte principal se suffit à lui-même — vous pouvez ignorer les deux et suivre quand même tout le raisonnement.
L’échelle
La société Google a été constituée en septembre 1998, avec pour premier bureau un garage de Menlo Park, en Californie. D’après le chiffre donné par Google lui-même, le moteur traite aujourd’hui plus de 5 billions (5 × 10¹²) de recherches par an — environ 14 milliards par jour. En 2024, les recettes publicitaires de Google s’élevaient à environ 265 milliards de dollars, dont les trois quarts venaient de la recherche. Ce n’est pas une fonction annexe de la recherche. C’est la raison pour laquelle la recherche existe sous forme de produit gratuit.
Ce qui façonne les résultats que vous voyez
Quand vous cherchez un produit, un problème de santé, une question politique ou un événement d’actualité, vous ne recevez pas un classement neutre des informations pertinentes. Les résultats sont façonnés par trois forces qui agissent en même temps.
La publicité commerciale paie pour apparaître en tête des recherches qui comptent pour les annonceurs — toutes celles derrière lesquelles il y a un produit, un service ou un prix. Sur quatre millions de résultats analysés par une vaste étude du secteur, le premier lien organique (non payant) recevait environ 27,6 % des clics. Les personnes qui ne lisent pas au-delà des résultats payants placés en haut de la page voient ce que des annonceurs ont payé pour y placer.
Résultats organiques (organic results)
Les résultats qu’un moteur de recherche classe selon ses propres signaux de pertinence, par opposition aux résultats payants, que les annonceurs achètent. Sur une requête commerciale typique, les résultats payants sont placés en haut et ressemblent beaucoup aux résultats organiques. En 2013, la Federal Trade Commission américaine a signalé aux moteurs de recherche que les repères qui distinguent les deux étaient « devenus moins perceptibles pour les consommateurs » ; dans une enquête britannique de 2015, seule la moitié des utilisateurs de moteurs de recherche reconnaissaient comme de la publicité les annonces placées en haut d’une page de résultats Google.
Sources
- US Federal Trade Commission, Bureau of Consumer Protection (24 juin 2013), lettre aux moteurs de recherche généralistes sur la distinction entre publicité et résultats naturels — les éléments qui distinguent les deux « sont devenus moins perceptibles pour les consommateurs » ; l’ombrage d’arrière-plan, « nettement moins visible ».
- Ofcom (avril 2016), Adults' media use and attitudes: Report 2016 — « seule la moitié des adultes de 16 ans et plus (49 %) qui utilisent des moteurs de recherche ont identifié les liens sponsorisés sur Google comme de la publicité » (enquête de terrain à l’automne 2015).
Les clics sont pris en compte dans le classement de Google : la décision antitrust rendue en 2024 contre Google aux États-Unis décrit un signal de classement, Navboost, entraîné sur 13 mois de données de clics des utilisateurs. Le contenu qui génère des clics est récompensé — et pas seulement le contenu exact ou utile. La même dynamique d’engagement qui déforme les fils des réseaux sociaux s’applique à la recherche, sous une autre forme.
L’optimisation pour les moteurs de recherche (SEO) est toute une industrie consacrée à faire remonter un contenu dans le classement — c’est pour le classement, et non pour la qualité, qu’on la paie. Des acteurs disposant de moyens importants — entreprises commerciales, organisations politiques, campagnes d’influence coordonnées — peuvent façonner ce qui apparaît en tête des résultats pour des requêtes précises, et ils le font.
L’effet de la saisie semi-automatique
Avant même que vous ayez fini de taper, Google vous propose des façons de compléter votre requête. Ces suggestions sont générées à partir des comportements de recherche agrégés. Une étude du secteur portant sur de vraies sessions de recherche a constaté que les utilisateurs choisissent une suggestion de saisie semi-automatique dans environ 23 % des cas.
La saisie semi-automatique est une décision éditoriale prise automatiquement, à grande échelle, des milliards de fois par jour. Ce qu’elle met en avant, et ce qu’elle omet, façonne les questions que les gens posent avant même qu’ils aient fini de les formuler. En 2016, un journal a constaté qu’elle proposait des complétions antisémites et extrémistes à des questions sensibles, et a soutenu qu’un réseau de sites de droite avait appris à manipuler le classement à l’origine de ces suggestions (Cadwalladr, 2016). Ce n’était qu’une enquête, il y a des années ; le mécanisme qu’elle a mis au jour — des comportements agrégés qui façonnent la question avant même qu’elle soit posée — est le même aujourd’hui.
L’effet de position
Une étude de suivi oculaire menée à Cornell a constaté que les gens font confiance à un résultat bien placé en raison de sa place, et non d’une évaluation indépendante de son exactitude : ils cliquaient sur les premiers résultats même quand les résumés placés en dessous étaient manifestement plus pertinents, parce qu’ils supposaient que Google avait classé les résultats par pertinence.
Les recherches sur l’information de santé sont frappantes : une étude de 2014 qui manipulait les résultats de Google a constaté que l’ordre des résultats — selon que les sites favorables ou hostiles à la vaccination apparaissaient en premier — influençait de manière significative les croyances ultérieures des utilisateurs, et que les groupes à qui l’on ne proposait que des résultats hostiles à la vaccination exprimaient une inquiétude accrue, indépendamment du consensus scientifique. La position fait bouger la croyance — dans cette étude, de façon mesurable. Celui qui contrôle la position pèse sur ce que les gens en viennent à penser d’un sujet.
Le problème du zéro clic
Les AI Overviews apparaissaient sur environ 6 % des recherches Google en janvier 2025 et sur environ un quart d’entre elles à la mi-2025, avant de se stabiliser autour de 16 % en novembre 2025, selon le suivi réalisé par Semrush sur plus de 10 millions de requêtes. Ils donnent des réponses directement sur la page de recherche — tirées de sources de tout le web, synthétisées par l’IA, sans que l’utilisateur consulte la moindre source d’origine. Disparaissent alors le contexte de la source, les politiques de correction, les informations sur le financement et la possibilité d’évaluer la crédibilité. L’intermédiaire devient, de fait, l’auteur de la réponse.
Recherche zéro clic (zero-click search)
Une recherche qui s’arrête sur la page de résultats — l’utilisateur obtient sa réponse grâce à un extrait, à un panneau de connaissances ou à un résumé produit par l’IA, et ne clique jamais vers une source. C’est pratique pour l’utilisateur, mais cela supprime le contexte qui permet de juger une réponse : qui l’a écrite, comment son auteur est financé, s’il corrige ses erreurs. Le moteur de recherche devient la réponse au lieu d’être un chemin vers une réponse.
Sources
- Semrush, AI Overviews Study (2025). Estimation du secteur.
Le Tow Center for Digital Journalism a testé huit outils de recherche par IA en mars 2025 et a constaté qu’ils répondaient de façon incorrecte à plus de 60 % des requêtes portant sur des articles d’actualité — en inventant des liens, en attribuant des citations à tort et en donnant de mauvaises réponses avec une assurance injustifiée. Google lui-même a reconnu en mai 2024, peu après avoir ouvert les AI Overviews à tous les utilisateurs aux États-Unis, que certains avaient mal interprété des pages web et présenté des informations inexactes, et que d’autres s’étaient appuyés sur des messages de forum sarcastiques ou écrits par des trolls — parmi lesquels le conseil d’utiliser de la colle pour faire tenir le fromage sur la pizza. Quand vous recevez une réponse synthétisée plutôt qu’une liste de sources, vous perdez la possibilité de l’évaluer.
Ce que vous pouvez faire
Gardez à l’esprit que les premières positions d’une recherche commerciale comprennent généralement de la publicité payante. Utilisez le filtre « Web » de Google (sous « Plus ») pour voir des résultats sans AI Overviews. Pour l’information de santé, commencez par les revues Cochrane (cochrane.org) plutôt que par une recherche générale. Moteurs de recherche alternatifs : DuckDuckGo (pas de suivi comportemental), Kagi (financé par ses utilisateurs, sans publicité). Vérifiez les résumés générés par l’IA à l’aide des sources d’origine avant de les tenir pour acquis. Les moteurs de recherche, les bloqueurs et les guides de confidentialité précis sont tenus à jour sur Outils & sites, la page où se trouvent ces recommandations.
Comment nous le savons — l’expérience sur le classement des résultats et les croyances sur la vaccination
Le constat frappant sur l’information de santé vient de l’étude d’Allam, Schulz et Nakamoto (2014), publiée dans le Journal of Medical Internet Research. Il s’agissait d’une expérience contrôlée : on montrait aux participants des résultats de recherche sur la vaccination que les chercheurs avaient délibérément réordonnés — certains voyaient surtout des sites favorables à la vaccination classés en premier, d’autres surtout des sites hostiles. Ensuite, les croyances et les attitudes évoluaient dans le sens de ce qui avait été classé le plus haut, indépendamment du consensus scientifique sous-jacent. Comme le classement était la seule chose manipulée, l’étude isole l’effet de la position sur la croyance.
Ce qu’elle montre et ce qu’elle ne montre pas. Elle démontre que l’ordre du classement peut faire évoluer les attitudes déclarées dans le cadre d’une étude. Elle ne mesure ni combien de temps dure cette évolution, ni comment elle se comporte hors du laboratoire, face aux convictions préalables des gens et à leurs autres sources d’information. Considérez-la comme une preuve solide que la position compte, et non comme une mesure de son importance exacte dans la vie réelle.
Sources
- Google (mars 2025), AI, personalization and the future of shopping — « plus de 5 billions de recherches sur Google chaque année ».
- Google Inc. (29 avril 2004), Form S-1 Registration Statement, US Securities and Exchange Commission — « constituée en Californie en septembre 1998 » ; et Google, How we started and where we are today — le passage « des dortoirs à leur premier bureau : un garage dans la banlieue de Menlo Park, en Californie ».
- Alphabet, Form 10-K for 2024 — recettes publicitaires de Google.
- Cadwalladr, C. (4 décembre 2016), Google, democracy and the truth about internet search, The Observer — la saisie semi-automatique qui proposait des complétions antisémites et extrémistes, et le comportement coordonné qui se trouvait derrière.
- Backlinko, Google CTR Stats (étude du secteur portant sur 4 millions de résultats ; 27,6 % pour la première position) et How People Use Google Search (2020 ; le chiffre de 23 % pour la saisie semi-automatique). Estimations du secteur, non évaluées par les pairs.
- Pan, B. et al. (2007), In Google We Trust: Users' Decisions on Rank, Position, and Relevance, Journal of Computer-Mediated Communication 12(3).
- Allam, A., Schulz, P.J. & Nakamoto, K. (2014), The Impact of Search Engine Selection and Sorting Criteria on Vaccination Beliefs and Attitudes, Journal of Medical Internet Research.
- Semrush, AI Overviews Study (2025, mis à jour en décembre 2025) — 6,49 % des requêtes en janvier 2025, 24,61 % en juillet 2025, 15,69 % en novembre 2025. Estimation du secteur.
- Reid, E. (30 mai 2024), AI Overviews: About last week, Google, The Keyword.
- Jaźwińska, K. & Chandrasekar, A. (mars 2025), AI Search Has A Citation Problem, Tow Center for Digital Journalism / Columbia Journalism Review — huit outils de recherche par IA ; plus de 60 % des requêtes portant sur des articles d’actualité ont reçu une réponse incorrecte.
- Tribunal fédéral de district pour le district de Columbia, États-Unis (5 août 2024), United States v. Google LLC, No. 1:20-cv-03010, Memorandum Opinion (juge Amit P. Mehta), constatations de fait ¶¶ 94–96 — des signaux de classement qui « reposent sur des données d’utilisateurs », dont Navboost, qui associe requêtes et documents « en mémorisant les données de clics des utilisateurs ».